Notre mémoire impactée par des stéréotypes tenaces

Regards vers le passé : Notre mémoire est impactée par des stéréotypes tenaces

Ou pourquoi le fait historique se construit toujours dans son propre contexte

Nous avons vu dans l’article « Qu’est-ce qui nous fait courir vers la généalogie? » que le besoin de faire appel à un généalogiste était intimement lié à des déclencheurs, eux même liés à notre propre histoire personnelle.

Il convient maintenant de s’interroger sur le fonctionnement de la mémoire personnelle et collective, car après tout, si on se souvenait de tout et si cette mémoire était transmise de génération en génération, peut-être n’aurions-nous pas besoin de passer par la généalogie.

Imaginez comment on vivait au 18ème ou plus près de nous au 19ème…. Prenez le temps d’y penser…. Les représentations que nous avons des siècles passés sont parasitées par les stéréotypes de notre propre époque, notre propre méthode de pensée, notre propre éducation, nos propres stéréotypes, notre propre structure mentale et par les raccourcis forcément elliptiques de notre mémoire d’enfant, du temps où l’on nous enseignait louis XIV.

Pour comprendre comment fonctionnent nos stéréotypes, voici deux images sur le même sujet.

DEGAS: les repasseuses (1884)                          Femme en train de repasser (PUB 2015)

mémoire du 19èmeLa mémoire de 2015 n'est pas encore active

 

 

 

 

 

 

Dans cette première projection nous allons comparer ces deux images qui ont très exactement 131 ans d’écart.

  • Sommes-nous capables de lire la première (de 1884) dans le contexte de son époque ?
  • Sommes-nous capables de mesurer l’écart que représentent ces deux photos portant sur le même sujet ?

Donnons-nous le temps de réfléchir. Pour vous aider, voici quelques pistes de questionnement qui devraient vous guider.

  • Quelle Impression générale ressentez-vous dans chacune des images ?
  • Examinez le décor, les couleurs, les vêtements, l’objet central des photos, les accessoires. Que vous apprennent-ils sur le message délivré, et sur le contexte historique de chacune des deux photos?

Rédigez votre analyse sur une feuille de papier et rendez-vous à la page « lecture comparée de ces deux photos » que nous vous avons préparée en cliquant sur le lien actif ci-dessus ou « ICI ».

Si l’on comprend facilement l’image de 2015, (une femme en train de repasser facilement et qui surveille sa petite fille en même temps…), il semble un peu plus difficile de faire une lecture contextuelle fiable de celle de 1884. Remonter le temps est tout aussi difficile que de se projeter dans l’avenir.

Vous devriez constater qu’il faut décortiquer les éléments picturaux pour accéder à la sémantique de l’image. La compréhension « in illo tempore » de l’image de 1884 n’est pas instantanée au sens où elle s’exprime par des codes qui ne sont plus les nôtres, hommes et femmes du 21ème siècle débutant. Nos codes de 2015 ne correspondent plus du tout à ceux du 19ème siècle finissant.

Si nous étions réellement en 1884, nous n’aurions aucun mal à comprendre le message du tableau de Degas. (Le labeur des femmes est indécent; le montrer, est pire. Degas essaie de casser les tabous de la société de la fin 19ème). En comparaison l’image de 2015 nous paraîtrait alors appartenir à la science fiction, au mieux irréelle et au pire « un peu kitsch».

Une fois la sémantique d’une image, (d’un acte ou d’un fait), décortiquée, il est donc nécessaire de toujours les replacer dans le sens que leur donnait leur époque, sinon l’image, l’acte ou le fait ne veulent plus rien dire, ni ne nous « parlent » plus. Si cette remise dans le contexte ne se fait pas, ils et elles (images, actes et faits), ne deviennent alors plus que l’expression muette d’un décor pictural anecdotique, que l’on trouve tout simplement « joli » (ou pas!).

Notre mémoire semble donc s’adapter à un univers d’expression intimement lié à l’époque dans laquelle elle évolue, en oubliant les codes d’expression du passé. Il faudra en tenir compte en généalogie pour restituer l’univers juste, porté par les actes et les faits autour de la personne ou de la famille sur laquelle nous travaillons. Se contenter des trois actes NMD, « étapes d’une vie », n’apprend rien ou pas grand-chose de la réalité de vie de la personne retrouvée. Il va falloir « creuser un peu »…

(à suivre…)

Si vous constatez qu’un lien ne fonctionne pas ou plus…Merci de nous le signaler en cliquant ICI

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