Mémoire individuelle: Le synthétisme naturel de la mémoire

Le synthétisme naturel de la mémoire

Ou pourquoi l’Histoire ne peut se contenter de l’addition de mémoires individuelles.

Bien évidemment, de nombreux chercheurs ont réalisé des travaux et des expériences sur la mémoire et sur les différentes formes de mémoires.

Modestement nous ne prendrons pour illustrer notre réflexion qu’un seul exemple qui a le mérite d’être immédiatement visible.

Voici 5 sculptures :Matisse - travail sur la méoire individuelle(source : image originale : http://collections.lacma.org/node/236438)

Ces cinq sculptures sont dites les « Jeannettes » réalisées par Matisse de 1910 à 1913.

Dans ses sculptures, Matisse (Henri-Émile-Benoît Matisse – réflexe de généalogiste), nous propose une expérimentation sur la mémoire. Ce sont des portraits de Jeannette VADERIN qui se trouvait être dans la maison de Matisse en 1910.

Les deux premières ont été réalisées en présence du modèle, à des dates différentes, au cours de l’année 1910. On voit déjà dans la deuxième, que Matisse synthétise sa perception de la forme pour aller vers des volumes plus globaux. Mais rien encore de très probant dans le sujet qui nous intéresse ici à savoir : la mémoire. Par contre, les autres Jeannettes ont été réalisées de mémoire entre 1910 et 1913. Matisse cherchait à savoir quel était le rôle de la mémoire dans la perception de la forme.

On voit donc dans les Jeannettes III, IV et V que le synthétisme devient de plus en plus affirmé, la mémoire n’a gardé que les lignes de forces intérieures de la structure, de plus en plus dépouillées de tout élément « anecdotique » qui conféraient précédemment au naturalisme.

En ce sens, on se rapproche de la sculpture africaine dite à tord « primitive » et rebaptisée « Art premier » où les modèles, transmis de générations en générations, dans toutes les ethnies, représentent le synthétisme stylisé de la mémoire collective de l’ethnie dans une tradition de culture orale.

La différence entre les recherches de Matisse et les Arts africains, c’est que Matisse fait appel à sa propre démarche et à sa propre mémoire individuelle, alors que les Arts africains sont le reflet d’une mémoire ethnique collective et trans-générationnelle.

Cela pose le problème de savoir quel crédit on peut accorder à la mémoire individuelle qui passe, comme nous l’avons vu dans l’article précédent, par des stéréotypes tant de culture individuelle et personnelle, que de contexte du vécu de l’époque.

A la différence, la sculpture africaine a dépassé la contextualisation historique pour ne garder que la mémoire collective comme une culture commune, une sorte « d’alphabet de la forme » qui se transmet au cours des âges en fixant et transmettant sa sémantique et son vocabulaire mémoriel pictural.

Ainsi cette mémoire s’identifie comme un « langage » qui caractérise l’ethnie et qui permet de l’identifier immédiatement par différenciation aux autres. (Voir l’excellent site: « AFRICAN ART MUSEUM »). Cliquez sur les liens ci-dessous pour avoir accès à l’historique de l’Ethnie et de sa sculpture.

La mémoire collective des ethnies africaines

1/-Masque FANG Gabon,     2/-Masque KWELE Cameroun,     3/-Sculpture DOGON Mali-Burkina Faso,     4/-Masque IGBO Nigeria,     5/-Masque BANUM Cameroun

Rappelons-nous que dans les ethnies africaines, ce « langage structurel pictural » se transmet par un apprentissage « initiatique » réservé à quelques uns et dans lequel tous les membres de l’ethnie se reconnaissent.

Dans l’expérience de Matisse, c’est sa propre mémoire individuelle qu’il met à l’épreuve.

Un autre sculpteur, dans la même expérience, ne serait peut-être pas, de par sa propre démarche personnelle, arrivé au même résultat et aurait peut-être privilégié « l’expressionnisme » au « synthétisme ».

La question est donc posée. L’Histoire, dans notre monde occidental, peut-elle donc être la somme brute des mémoires individuelles ou doit-elle être « retravaillée, contrôlée, prouvée, attestée » pour accréditer une thèse commune et transversale reconnue de tous et qui devient, après recoupements et analyses, l’expression de notre mémoire collective?

La réponse est bien évidemment OUI. Ce travail gigantesque est celui des historiens.

En généalogie, il est donc nécessaire d’avoir cette conscience de la différence qu’il peut y avoir par exemple:

– Entre la mémoire individuelle, qui passe par les filtres émotionnels et culturels de la personne (en général celle qui nous contacte – le « de cujus » – pour faire « revivre » le passé de sa famille),

– La mémoire collective de la famille (l’histoire « commune » qui est arrivée jusqu’au « de cujus » sur des faits ou sur des ancêtres aujourd’hui disparus) qui ne garde que des évènements synthétiques globaux,

– Et l’Histoire de chaque ancêtre qui, resitué dans le contexte de son époque, ( c’est aussi le travail du généalogiste), donne un éclairage différent et plus juste des personnes recherchées, de leurs histoires et de leurs vies.

(à suivre)

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