La mémoire au détour du chemin

Il est des endroits que l’on croise, en passant…Et d’autres où, sans savoir pourquoi, on ressent l’impérieux besoin de s’arrêter. Pourquoi là et pas ailleurs? On ne le saura jamais.

C’était un après midi d’octobre, Il faisait beau et le petit village de Burcin (38) au milieu de la campagne dauphinoise, était calme. Juste quelques convives d’un restaurant se pressaient vers l’entrée.

relais St Hubert Mon regard s’est d’abord posé sur les belles maisons le long de la seule rue principale du village..Milieu du 19ème, début 20ème, d’après mes estimations, elles traduisent une certaine opulence. Maisons de villégiatures ou réussite des exploitants locaux, toujours est-il que ces belles demeures de pierres sèches et d’ornements travaillés sont comme un anachronisme au milieu des champs déjà moissonnés.

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Puis un détail attire mon attention. Les volets sont souvent clos, sur la plupart des maisons. Les grandes lianes de vigne vierge les ont parfois envahies jusqu’à les sceller, preuve que ces maisons ne sont pas souvent occupées. Pourtant les grandes toitures dauphinoises ont, pour certaines été restaurées, les maisons ne sont donc pas abandonnées. Et le mystère se met en place…

Cela m’intrigue, et je me promets d’en savoir davantage…

Alors j’explore. Le site d’abord puisque je suis sur place. Au détour d’un grand portail de bois peint en vert, je m’approche. Je découvre une merveille qui me plonge d’un seul coup dans un univers féérique, celui du Grand Meaulnes ou celui de Proust.

BURCIN-38-3Un charme fou, au fond d’un parc magnifique. Les volets fermés amplifient le mystère. Personne. Une symphonie de verts entre nature et maison joue une harmonie romantique. On s’attend à voir des ombrelles, à entendre des bruissement de mousselines et des voix d’enfants qui jouent en canotiers. Mais rien. Mon imagination est en marche.

BURCIN-38-4BURCIN-38-5Si j’avais été cinéaste, j’aurais contacté les propriétaires pour en faire le décor de mon prochain film. Mais je ne suis qu’une passante…

Après m’être rempli les yeux et l’esprit de cette vision magique, je retourne vers le croisement de la grande rue et je trouve le monument aux morts du village que je n’avais pas vu au premier abord. Je me dis que finalement la mémoire des hommes disparaît de notre vision même. Et pourtant…

BURCIN-38-8Je m’approche et je lis les noms des soldats morts pour la France. Burcin a donné chaque année 4 hommes par an à la folie meurtrière de 14-18. Les noms me parlent. Ce sont des consonances du pays dauphinois.

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Je me renseigne en rentrant.

Burcin comptait en 1911 à peine 376 « âmes », soit environ une centaine de familles certainement répartis sur une trentaine de maisons pas plus. En 1921 le recensement ne relève que 349 personnes. Entre les Morts pour la France et les absences des autres hommes présents sur le front, les naissances se sont faites plus rares. Au recensement de 1931, il n’y a plus que 318 habitants.

Sur le coup, devant ce monument aux morts que j’avais involontairement oublié de voir, je me sens remplie d’émotion et de tristesse. Tant pour les Poilus inscrits, que je ne connaissais pas mais qui avaient dû vivre les mêmes horreurs que mon Grand-Père qui avait alors leur âge, que pour le fait que, 100 ans après, nous puissions passer devant la Mémoire des Hommes sans même s’en apercevoir.

C’était une belle après-midi d’octobre. Par hasard en pleine campagne dauphinoise.

 

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