1915 – Pour Léon, le danger n’était pas où il l’attendait

#1J1P – Léon Adolphe –  Poilu de 14-18 – Mort pour la France

Léon est né le 26 septembre 1886 dans les Hautes-Alpes, de Aimé, alors boulanger de 34 ans et de Irma, 26 ans, son épouse.

Source AD 05 - naissance de Léon

Source AD 05 – naissance de Léon

Il effectue son service militaire sous le n° 44 et intègre son corps, le 14e bataillon de chasseurs à pied, le 9 octobre 1907.

Il est mis en disponibilité le 25 septembre 1909. Et en réserve de l’armée d’active le 1er octobre 1909.

Signalement porté sur la fiche matricule (source AD 05)

Signalement porté sur la fiche matricule (source AD 05)

Du haut de ses 1m61, on peut imaginer que son regard bleu éclairait largement sa frimousse brune.

Son service militaire accompli, il peut se consacrer à son job de garçon de café.

Comme tous les garçons de son âge (23 ans), il profite de sa jeunesse et savoure cette vie qui s’annonce souriante et pleine de promesses.

Source famille ELZIERE

Source famille ELZIERE

On peut l’imaginer, avec son long tablier blanc serré à la taille et sa serviette sous le bras, virevoltant au milieu des clients attablés qui sirotent leur l’absinthe , bougonnent et rient à gorge déployée. On parle des nouvelles du jour… et plus le temps et les années passent, moins les nouvelles sont bonnes.

Voilà que l’on annonce, ce 28 juin 1914, que l’Archiduc François-Ferdinand d’Autriche vient d’être assassiné à Sarajevo avec son épouse. Les rumeurs les plus folles courent. On parle de vengeance et même de guerre.

Un mois plus tard, ce 31 juillet 1914, au milieu des cliquetis des verres qui s’entrechoquent dans l’estaminet, on parle de l’assassinat de Jean Jaurès, dirigeant socialiste français favorable à la paix. Les pacifistes viennent de perdre leur meilleur leader. La veille, déjà, on avait appris que la Russie mobilisait.

Cette fois ça y est : la guerre est déclarée. On affiche un enthousiasme patriotique à toute épreuve. « Les boches on les aura … c’est une question de semaines, de mois… c’est sûr, à Noël on sera de retour. On va leur faire voir de quel bois on se chauffe… ». Ils sont plusieurs de Mont-Dauphin à se préparer. Le jour est venu de partir et si tous ont quand même un avis de mobilisation générale 1914pincement au cœur, ils sont fiers de faire leur devoir.

Léon est donc rappelé à l’activité le 2 août 1914 par décret de mobilisation comme tous les jeunes hommes de son âge. Il a alors 28 ans l’âge de la maturité. Le 4 août Il est transféré dans le 12ème bataillon des chasseurs à pied et ne connait presque personne. Mais peu importe. Les gars ont l’air sympathique et les plus jeunes semblent animés d’une flamme vivace, faisant fi de la réalité qui les attend et qu’ils sont loin d’imaginer. Insouciance de la jeunesse que la vie n’a pas encore abîmée…

1914-Jour de départ à la gare de Grenoble

1914-Jour de départ à la gare de Grenoble

Ils s’entassent dans les trains, parfois des wagons à bestiaux… mais peu importe. On a mis des fleurs aux fusils et les départs se font dans une ambiance de kermesse où l’on chante la Marseillaise, à peine troublée par les larmes des amoureuses qui voient partir leurs bien-aimés.

Ils ont l’air si volontaire tous ces petits gars! Léon doit être de ceux-là.

Mais très vite la réalité des offensives allemandes impose à nos soldats des conditions de terreur et d’abomination. Ils voient tomber leurs camarades à côté d’eux… et encore quand ils ne sont pas pulvérisés par les obus de 75.

Campement au Linge

Campement au Linge

Voilà maintenant un an que Léon et ses camarades parcourent des kilomètres, passent à travers les balles et déjouent les tirs de l’artillerie allemande, quand ce n’est pas celle des français « qui tirent un peu court ».

Ce soir là, 12 décembre 1915, Léon est de service aux avant postes, au plus près de l’ennemi pour surveiller ses faits et gestes.Personne n’aime ce poste de surveillance trop avancé dans les lignes allemandes.

1915 - un avant poste

1915 – un avant poste

Il fait un sale temps pour un dimanche, et il fait froid. La pluie incessante les enlise dans une boue gluante. Les sapins écartelés troublent la lecture du paysage. On n’est pas à l’abri de voir surgir le Boche qui vous saute dessus, baïonnette au canon, ou qui vous tire une balle dans le dos parce qu’il s’aperçoit qu’il a dépassé ses lignes.

Léon est aux aguets. L’orage domine et les éclairs zèbrent le ciel lourd des monts du Lingekopf… En contre bas, le lac noir reflète comme un miroir les caprices du ciel… Comme si la menace allemande ne suffisait pas !…

Léon essaye de se faire tout petit sous son casque, mais n’en oublie pas sa mission de surveillance.

D’un coup, une énorme boule de feu s’abat sur l’avant-poste. Ce n’est pas un coup de l’ennemi… Non, c’est un coup du ciel.

Léon git allongé dans son repère, à porté de fusil des Allemands. Il vient d’être foudroyé.

extrait fiche MDH-defense.gouv

extrait fiche MDH-defense.gouv

Léon sera cité à l’ordre de son bataillon le 12 novembre 1923 avec cette mention:

« Brave Chasseur ayant accompli son devoir avec vaillance au cours des durs combats livrés en 1915 au Lingekopf »

Citation de Léon Adolphe

Citation de Léon Adolphe

 

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2 réflexions au sujet de « 1915 – Pour Léon, le danger n’était pas où il l’attendait »

  1. Léon ne portait pas de casque, celui ci n’existe pas encore en 1914… Ce détail n’hôte rien à la qualité de ce récit.

  2. Bonsoir Francis,
    Tout d’abord un grand merci pour votre passage sur notre blog. Ca fait plaisir de voir que quelqu’un s’intéresse à ce que nous écrivons.
    Merci aussi pour l’information complémentaire que vous apportez à notre article. Effectivement le casque n’existait pas encore en 1914. Il ne fut adopté et distribué qu’en septembre 1915 pour remplacer la « cervelière » d’acier portée sous la casquette (ou le képî) qui, elle, avait été distribuée dans un premier temps comme protection en février 1915.
    Léon est décédé le 12 décembre 1915 au combat du Lingekopf. Il devait donc bénéficier du nouveau casque Adrian qui a permis de réduire les causes de mort par blessures à la tête de 77% des décès à 22% des décès (constat de 1916).
    J’aurais dû noter que Léon s’abritait sous son « nouveau » casque. A moins que ce jour là il ne l’ait pas porté… Qui sait?
    Cordialement
    Marie

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